« Tout ce qui est écrit est vrai. Tout ce qui est inventé ici est vrai aussi. » Ainsi nous prévient l'auteur. A moi lecteur, Arnaud m'envoie amicalement son livre il y a quelques semaines avec cette dédicace que je ne comprends pas d'abord : Pour toi, ce livre impossible à lire.
A présent oui, la formule n'était pas un signe d'humour mais une mise en garde. La plage et le vide de l'été m'ont offert un temps idéal pour laisser agir ce livre incandescent (incandescent, ce terme est peut être indécent et rejoint en cela toute la question de la légitimité de cette écriture...) Faut-il être juif pour écrire sur la Shoah ? Faut-il avoir été déporté pour parler des camps ? La réponse (pour moi) tombe sous le sens. Tout être humain, quelle que soit son identité, peut chercher et questionner cette histoire là aussi. Arnaud Rykner n'en fait pas « un sujet, un motif ». S'il parle de la barbarie, il parle aussi de lui, de ses craintes, de sa force. Ainsi, il nous parle aussi directement, c'est ce qui me touche. Rien ne nous est épargné, aucun détail sordide et important, car ici tout est important jusqu'à l'issue fatale. Seule, quand la vie disparait plus rien n'a d'importance. Ce wagon qui roule vers Dachau devient pour les hommes qui y sont entassés une ultime expérience de vie. Un laboratoire humain, inhumain. À l'instar d'autres expériences réalisées par les nazis à la même époque… pourtant celle-ci semblerait presque inorganisée. Un wagon lancé dans la précipitation avec une cruauté aveugle et démente. J'y vois les loups dont parle De Vigny « l'homme est un loup pour l'homme ». Dans le wagon, s'improvise une organisation inhérente à toute société humaine où toujours s'exerce l'autorité des uns, la confiance ou la faiblesse des autres. Un pauvre monde d'une grande richesse de sentiments. Arnaud Rykner ne cède pas au lyrisme à outrance. L'écriture est tendue. Le lecteur aussi. Une écriture qui flirte avec les limites, tout ici est limite. Limite de l'indicible, limite de l'horreur, limite de l'imaginable, limite et frontières terrestres au delà de quoi tout s'effondre, tout espoir borné quand le wagon arrive…
« Ce n'est pas un livre d'Histoire. L'histoire est bien pire. Irréelle. Ceci est un roman ». (A.R.)
À tous les « supporters passionnés » de nos soirées littéraires nous sommes heureux de communiquer le nom du lauréat 2010 du prix du Livre Inter. C'est une lauréate, elle est âgée de 27 ans, et a publié cette année son premier roman aux éditions du Seuil. Elle s'appelle Cloé Korman. (Nous avions déjà parlé de son livre lors de nos dernières rencontres mensuelles ! Ndr)
Cloé Korman est née à Paris en 1983. Elle a étudié la littérature, en particulier la littérature anglo-saxonne, ainsi que l’histoire des arts et du cinéma. Elle a vécu deux années à New York et voyagé dans l’ouest des États-Unis, de la Californie au désert d’Arizona. Elle a découvert le Mexique, où a lieu l’intrigue des Hommes-couleurs, lors d’un séjour en 2005 dans les Etats du centre, entre Oaxaca et Zacatecas. Les Hommes-couleurs (Seuil 2010) est son premier roman.
Dans les Hommes-couleurs, elle s'est inspirée de ses voyages dans l'ouest des États-Unis pour raconter l'histoire d'un tunnel à pétrole utilisé par des émigrés clandestins venus du Mexique. Ce que résume ainsi le site de France Inter :
« Un couple, employé d'une multinationale, dirige les travaux d'un tunnel destiné à livrer du pétrole mexicain vers les USA, au mépris des lois du pays. Le tunnel devient la voie de passage des émigrants mexicains. Le couple se retrouve, au fil des années, complice de ces passages clandestins, car le tunnel est long à percer. Ce qui permet à l'opération de durer c'est que le responsable du chantier au sein de la multinationale à New-York est un amateur et un trafiquant d'objets archéologiques que les ouvriers découvrent (et se mettent même à fabriquer). À cette intrigue de fond, se mêle étroitement une intrigue intime.»
La Cie Paradis-éprouvette participe au Marathon des Mots 2010. Lectures de textes philosophiques : Le jardin de Platon, Autour du livre de Gwenaëlle Aubry, Le dégoût de la laideur, Le jardin d'Emmanuel Kant… place du Capitole.
Autour de Walter Benjamin, Chapelle des Carmélites.
Lectures-spectacles pour la jeunese à la médiathèque Cabanis.
Le programme est ici.

• Cloé Korman, Les hommes-couleurs, (éditions du Seuil) Premier roman de cette jeune femme, née en 1983. À la fois intrigant et politique, l’exil et les migrations...
• Geneviève Brisac, Une année avec mon père (éd. L’Olivier) Auteur de sept romans dont Week-end de chasse à la mère (prix Fémina 1996)
• Éric Chevillard, Choir (Minuit) Mélange habile de désinvolture et de haute précision stylistique : roman loufoque & virtuose !
• Jakuta Alikavazovic, Le Londres-Louxor (éd. L’Olivier). Scénario théâtral plein de rebondissements, qui finalement est un conte.

Stefan Zweig, l'écrivain autrichien auteur d’Amok, de Vingt quatre heures de la vie d'une femme, de La confusion des sentiments, a décidé de quitter la vie en compagnie de son épouse fuyant définitivement le nazisme et la barbarie. Ce livre délicat est tout à l’image de Zweig auquel il rend un hommage sensible et subtil. Laurent Seksik, médecin et romancier n’écrit pas ici une enquête historique mais un vrai livre inspiré par le grand auteur du XXe, Stephan Zweig- le Viennois le plus raffiné, juif athée, intellectuel et voyageur. Le livre nous entraîne dans sa fuite des fastes de Vienne pour une mort amazonienne au Brésil en compagnie de son épouse. Deux fioles de petits cristaux blancs ont été préparées… un filtre d’amour éternel.
Né en 1962 Laurent Seksik a publié trois romans chez J-C Lattès et une biographie d’albert Einstein (Gallimard Folio).
Petit salon littéraire entièrement consacré à l’œuvre de Stephan Zweig !
À l’occasion de la publication récente du roman Les derniers jours de Stéphan Zweig écrit par Laurent Seksik (éd. Flammarion), retour sur les grands romans de Zweig. Le comédien Marc Fauroux nous lit un ensemble d’extraits des plus belles pages de cet auteur fabuleux. Écoutez voir !
Pour info… La Centrale, roman d'Élisabeth Filhol (éd. P.O.L.) présenté lors de nos « petits salons littéraires » vient de recevoir le prix France-Culture-Télérama !
«… la femme a le plus souvent été cantonnée à un rôle subalterne : muse, confidente, consolatrice… Mettons en lumière l’apport des femmes romancières, poètes et leur présence remarquable dans la création contemporaine… ».
Entre la journée de la femme ( un appui international toujours utile !) et le printemps des poètes décliné au féminin cette année. Le petit salon littéraire itinérant fait la part belle aux femmes créatrices et poètes : Andrée Chédid, Brigitte Fontaine, Michèle Grangaud, Taslima Nasreen , Nathalie Quintane… Le dernier prix Fémina attribué à Gwenaelle Aubry Personne (Mercure de France) et… Michèle Gazier :
LA FILLE roman de Michèle Gazier (Seuil)

Marthe est née d'une mère autoritaire et d'un père peu concerné par la paternité. À la mort de celui-ci, au lendemain de la Première Guerre mondiale, la veuve, ses deux grands enfants, une fille et un garçon, et la petite dernière âgée de deux ans, s'installent dans le sud de la France. Marthe grandit dans l'univers clos de la maison, de la famille, sous le regard omniprésent de la mère et en l'absence de toute image paternelle. Comment s'épanouir, aimer, à l'ombre d'une mère qui professe la vertu et la haine de la chair et des hommes ?
« Encore un livre qui avait peu de chances de m’attraper ! Une histoire de l’ancien temps en territoire rural ! Mais un temps où les jeunes femmes françaises devaient se battre pour exister dans de nombreux domaines. Et voici le pays de Marthe. Un pays de femmes. Un roman qui se laisse saisir par la lorgnette d’un Pagnol qui aurait campé là son petit théâtre. Néanmoins ici, aucun accent de caricature. Tout est juste et cousu avec précision comme l’ouvrage de Marthe, érigé en art. Les portraits sont beaux. On plonge dans la profondeur des abandons de Marthe et les abus de sa mère. Parfois bouleversant. Jamais sensationnel. Tout simplement étonnant ».
Écrivain, auteur de seize livres, Michèle Gazier a longtemps tenu la chronique littéraire de "Télérama" et a aidé à la découverte de la littérature espagnole contemporaine en proposant et traduisant des auteurs, alors inconnus en France. » MF
Biographie de Pavel Munch de Pascal Morin (Le Rouergue)

Au centre de cette biographie fictive d'un sculpteur de renom, grand amateur de garçons, il y a le sexe. Les corps. Et l'ardeur de son personnage central à en traduire la texture, le grain…Pavel, ce double que le narrateur aurait rêvé d'être, cet être qui résiste et ne cesse de lui échapper, ce personnage dont il ne finira par prendre possession qu'à l'issue d'une réciproque mise à nu, d'un fascinant corps-à-corps. Sublime bouquin !
Edition du Rouergue. (Un éditeur national qui siège en Midi Pyrénées !)
Ce thème apparait sans intention thématique de ma part.
Un jeu intuitif simple. Ici les trois livres que je présente ont en commun une proximité et un rapport à la ville .
Dans le roman de Martin Page, La ville de Paris est une présence menacée. Dans le roman de Yasmina Khadra elle est un danger, que les clochards exilés à ses portes craignent d’affronter à nouveau. Dans La centrale, formidable livre d’Elisabeth Filhol, les petites villes voisines sont légalement distantes de 5 kilomètres. Mesure de protection. Protéger les villes ? Leur reprocher d’êtres ces monstres énergivores & responsables de violences urbaines ?
De ville en villes, lisons ! Voici le programme que je lis en février sur le réseau des bibliothèques et médiathèques de Midi-Pyrénées. Rencontrons-nous échangeons nos points de vues et nos lectures ! Voici mes coups …de cœur ou d’infortune :

LA CENTRALE d’Elisabeth Filhol - éd.P.O.L.
Voici un premier roman surprenant, La centrale (terme réservé habituellement aux centres de détention) qui décrit le quotidien d'ouvriers -volontaires - et intérimaires dans le nucléaire. Une vie calquée sur le rythme capricieux de ces bouillonnantes « cocottes minutes » entre danger, isolement et précarité. C’est « un monde » qui s’ouvre pour le lecteur, en territoire hostile. J’ai aimé l’originalité du propos de ce livre qui nous entraîne là où (pas même l’auteur, ai-je lu) n’est jamais entré. Et pour cause… qui peut avoir envie d’entrer dans l’enceinte d’une centrale nucléaire ? Pourtant cet univers semble familier à l’auteur au point que ses explications sur le fonctionnement même de la Centrale sont clairs. Pas de parti pris politique affiché, merci madame! Une unique question « centrale » : qui sont ces professionnels qui campent d’un « chantier » à l’autre, nomades d’un genre nouveau voyageant de Chinon au Blayais ? Ces hommes taiseux et mélancoliques parviennent assurément à nous tirer à l’intérieur de leurs « sas » intimes d’insécurité. L’écriture d’apparence froide s’humanise peu à peu. Et cette économie de sentiments, ne donne que plus de force à l’émotion qui gagne le lecteur à la fin de sa lecture. A découvrir absolument ! MF
[extrait] : « Je sors, elle est devant moi. Et parmi ceux qui en sortent, de l'équipe du matin, une poignée d'hommes traversent la route départementale et marchent en direction du bar. Au premier, je tiens la porte. Je devrais être parmi eux qui vont boire après leur journée de travail pour faire sas, comme par excès de sas et complexité des procédures à l'intérieur, le besoin qu'on éprouve d'une zone tampon avant de rentrer chez soi, en dehors de l'enceinte, et pourtant encore dans sa sphère d'influence, entre collègues qui en parlent et elle toujours à portée de vue, et en même temps au milieu des autres, ceux qui n'en parlent jamais, routiers, livreurs, ouvriers de la société d'autoroutes, artisans, qui pour certains ne la voient même plus, sauf en première page des quotidiens régionaux quand elle fait la une. »

LA DISPARITION DE PARIS
ET SA RENAISSANCE EN AFRIQUE
de Martin Page (éd. L’Olivier)
Derrière ce titre énigmatique et extravagant, on découvre le dernier roman d’un jeune auteur (né en 75) Martin Page. Il écrit régulièrement pour la jeunesse (Cf l’excellent Je suis un tremblement de tête ED L’école des loisirs). Deux genres littéraires pour une même littérature naïve (ce peut être une qualité) avec des personnages dotés d’une psychologie simple (ce qui ne peut-être qu’une apparence…). Ce livre est un conte façonné et dopé de nombreux détails réalistes. Son théâtre : la ville de Paris, arpentée par un protagoniste aussi connaisseur qu’admirateur des lieux. Son histoire : celle d'un homme qui désire accomplir quelque chose d'extraordinaire pour quelqu'un qui vient de mourir et, ce faisant, contribue à sa propre " renaissance ". Mathias, l'étrange et fantaisiste héros est un homme " de l'ombre " qui rédige depuis douze ans des discours pour le maire de Paris. Il se voit confier, par un drôle de hasard, une mission très délicate : il doit trouver le moyen de réparer l'outrage dont a été victime Fata Okoumi, une richissime femme d'affaires africaine qui, alors qu'elle se promenait à Barbès, a été grièvement blessée par un policier auquel elle refusait de présenter ses papiers d'identité. MF
[extrait] : « Personne aujourd’hui ne croit plus que les hommes politiques écrivent eux-mêmes leurs discours. Ils ont mieux à faire. Des gens comme moi jouent les Cyrano de Bergerac, écrivant les mots qui permettront à des hommes populaires de conquérir les cœurs. Et nous restons sans amour. Mais avec la conviction que nous participons à la naissance de choses qui en valent la peine. » p. 43

L’OLYMPE DES INFORTUNES
de Yasmina Khadra (éd. Julliard)
L’auteur de l’Attentat* (livre fort, à lire absolument) est un conteur talentueux. Hélas il semblerait que ce dernier livre (comme le précédent) ne portent pas un sujet aussi brûlant pour parvenir à intéresser ses lecteurs qui se contenteront (ou pas) d’une fable assez falote . L’OLYMPE DES INFORTUNES met en scène des exclus que l’auteur nomme clochards, sans doutes pour s’éloigner des SDF et des images trop présentes. Entre la décharge publique et la mer survivent les membres de la tribu des Horrs. Ha si les exclus parvenaient à se donner la main ! Dans cette galerie de freaks classiques on trouve : Ach le Borgne qui sait mieux que personne magnifier les clochards ; Junior le simplet ; Mama la fantomatique à peine perceptible au milieu des hommes ; le Pacha et sa cour de soulards ; et d’autres personnages assez obscurs. L’auteur les voudrait attachants. Néanmoins ces personnages sont peu consistants. Les dialogues oscillent entre une langue nourrie d’échanges ultra-riches, inimaginable pour l’ensemble de ces reclus et des dialogues creux (CF Qu’est ce qu’une femme ?.. pourrait être une belle question qui espère une belle réponse) hélas on sort de la fable pour écouter une série de lieux communs et l’on s’ennuie un peu. L’incongruité de l’homosexualité des deux couples ne convainc pas. Poser une issue affective telle, dans ces milieux évidemment masculins où s’exerce un jeu de dominant- dominé est une tarte à la crème grotesque. Reste quelques envolées poétiques et philosophiques …MF
[extrait] : « Seule la bêtise est increvable, Junior. Tu t'rends compte ? Si on refilait un sou à chaque con sur terre, on ruinerait tous les empires du monde. Depuis la nuit des temps, les gens s'entrebouffent copieusement. Ils savent rien faire d'autre. La paix n'est qu'une trêve pour eux, et elle consiste à peaufiner les représailles, les coups fourrés, les guerres et le malheur, et Dieu se sent coupable du merdier que nous sommes les seuls à rendre possible.
Junior médite les propos du Musicien en hochant doctement la tête. »
*On peut toujours lire ou relire « L’attentat »… : Dans un restaurant bondé de Tel-Aviv, une femme fait exploser la bombe qu'elle dissimulait sous sa robe de grossesse. Toute la journée, le docteur Amine, Israélien d'origine arabe, opère à la chaîne les innombrables victimes de cet attentat atroce. Au milieu de la nuit, on le rappelle d'urgence à l'hôpital pour lui apprendre sans ménagement que la kamikaze est sa propre femme.

Mon coup de cœur :
Roman de Christian Gailly Lily et Braine (prix du Livre Inter 2002 pour Un soir au club). Lily n’aime pas les femmes qui aiment les beaux garçons, surtout quand c’est Braine, le beau garçon. Évidemment, si Braine n’avait pas rapporté de Dieu sait quelle guerre ce foutu revolver…
Braine a décollé, il flotte dans son uniforme, il ne dit rien, pas certain qu’il sache encore parler ou conduire, Lily reprendra le volant. Le livre de Christian Gailly est un livre de jazz qui commence comme du blues et finira par deux coups de grosse caisse double percussion, double percuteur qu’on avait laissé sur le haut de l’armoire. Tous les livres de Gailly sont des livres de jazz. Mais nous n’en sommes pas là, Braine va recouvrer la vie civile, la parole, l’amour, le goût des femmes et de la mécanique. Il va reprendre le volant de la dépanneuse de son beau-père. Et c’est parce qu’il saura changer la roue d’une belle américaine, celle de Rose Braxton (une belle américaine au sens de Robert Dhéry – Rose Braxton, on ne sait pas si elle est américaine, c’est une femme superbe), qu’il va se remettre au jazz. On ne va pas raconter tout le livre, ça ne sert à rien, ce serait comme raconter le jazz, c’est un livre à écouter jusqu’au bout, chacun pour soi, live, Braine a un talent fou pour l’improvisation, à chaque fois qu’on le relit, il y a un truc nouveau à entendre. Il n’y a rien à comprendre, c’est un numéro de funambule, et ce n’est pas forcément le fildefériste qui va se casser la margoulette.

Richard Millet Le sommeil sur les cendres. éd Gallimard.
« Une jeune Libanaise confrontée aux fantômes de la guerre. Belle écriture ! ».
Les étranges événements qui se dérouleront en Limousin, au Rat, son lieu d’exil relèvent-ils de la peur, de la frustration sexuelle, ou de la folie ? Ne faut-il pas plutôt croire que nous sommes tous, un jour ou l'autre, confrontés à de vrais fantômes ?
Originaire du Limousin, Richard Millet vit de sept à quatorze ans au Liban, sa deuxième culture, puis rentre à Paris. Son écriture rend hommage à sa terre natale et à son pays d’adoption.

Gilles Leroy prix Goncourt 2007 pour Alabama Song
Zola Jakson de Gilles Leroy édité par Mercure de France.
Magnifique héroïne que cette vieille institutrice. Vous n'oublierez pas Zola Jackson...
« Quand l’eau de rose devient un parfum délicat & raffiné, c’est chic ! » MF
Zola avait un fils métis, Caryl, avec de beaux yeux verts. Elle en était si fière de ce petit surdoué, auteur d’une brillante thèse d’histoire qui laissait augurer un destin glorieux. Certes, cette mère avait un peu de mal à accepter l’homosexualité de son garçon et sa relation avec Troy. Mais, désormais, Caryl est mort, et Zola Jackson semble inconsolable. Heureusement, cette veuve peut compter sur son labrador blanc femelle, Lady, pour l'aider à affronter un dernier combat, alors que la tempête fait rage et que l'eau monte dans la bâtisse...


L’Annonce de Marie-Hélène Lafon, éd. Buchet-Chastel.
Paul passe une annonce, Annette va y répondre. Tous les deux ont envie de réussir cette rencontre. La ferme, le Cantal, la famille, sont toujours au cœur de cette narration. Une campagne que l'on découvre avec respect et intérêt. Ce livre à l'écriture sublime est très agréable à lire. Il ne se passe presque rien et pourtant on est pris par la vie de ces gens. Un texte inspiré.
B.W. de Lydie Salvayre, éd. Seuil.
BW, deux initiales qui désignent une « vraie personne ». BW c'est Bernard Wallet, ancien éditeur, grand lecteur, perd la vue. Durant le traitement (opérations, soins), BW se confie à sa femme, narratrice-auteur, lui raconte sa vie de voyageur et d’amoureux des livres. Lydie Salvayre : « Je n'ai pas eu le choix. Pas une seconde, je n'ai prémédité ce livre. Il m'est tombé dessus. Comme la foudre. » L'auteur toujours prompte à interroger la fiction, à exiger d'elle de brasser dans une même fureur la langue et l'aujourd'hui.Des hommes de Laurent Mauvignier éd. de Minuit.

« Des hommes, s'ouvre comme un film de Maurice Pialat : nerveux, élastique, ravageur, le premier chapitre pourrait faire un roman à lui tout seul tant la déflagration est assourdissante. M Landrot » (Télérama) « Un livre sur le silence que l’on rompt pour la première fois. La fiction du roman libère la parole. » (V. Josse, France Inter)
Un roman, pas un témoignage de plus. 28 mois « d’évènements » c’est long quand même ! Et peu d’explications convaincantes à ce jour. Le personnage du roman s’appelle Feu de bois, aujourd’hui marginal. «cœur trop lourd, tout près de lui péter dans la gorge, comme il avait dit lorsqu’il avait commencé à parler; tu vois, il a dit, me péter dans la gorge à force, se resservant du vin et buvant à gros bouillons des gorgées qui auraient suffi à noyer deux ou trois portées de chatons». C’est par une scène de querelle en famille (thème cher à l’auteur) que l’on revient sur le passé de Feu-de-bois. Honte humiliation, secret.. «l’Algérie, on n’en a jamais parlé. Sauf que tous on savait à quoi on pensait lorsqu’on disait nous aussi on est comme les autres, et les animaux valent mieux que nous, parce qu’ils se foutent pas mal du bon côté». On sent un auteur inspiré, documenté jamais manipulateur, mais souvent obsédé par le style. La démarche de ce travail de fiction me semble éclairant et utile néanmoins je comprends que certains (tels le critique Philippe Lançon dans Libération s’agace de cette obsession stylistique citant l’ébriété d’un Faulkner quand d’autres citent Céline…(Pas si mal !). Chers lecteurs, j’espère avoir agacé votre curiosité pour vous inciter à lire ce livre que je vous recommande.
Marc Fauroux.
Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye. éd. Gallimard
prix Goncourt 2009
Découvrez un des romans phares de cette rentrée 2009 ! «Un classicisme somptueux. Proust et Faulkner dialoguant sous des cieux africains. Marie NDiaye, prix Femina pour Rosie Carpe , publie un nouveau roman, divisé en trois histoires qui se répondent entre elles et qui oppresse autant qu'il éblouit le lecteur proprement médusé par la beauté de l'écriture. L'art d'un des plus grands écrivains, dont on est presque fier d'être seulement le contemporain, ne s'en trouve que plus grand, encore ». Le Point
Extrait :
Elle aurait aimé lui dire maintenant : Tu te rends compte, tu nous parlais comme à des femmes et comme si nous avions un devoir de séduction, alors que nous étions des gamines et que nous étions tes filles. Elle aurait aimé le lui dire avec une légèreté à peine grondeuse, comme si cela n’avait été qu’une forme de l’humour un peu rude de son père, et qu’ils en sourient ensemble, lui avec un rien de contrition.
Trois femmes qui ont en commun une histoire plus intime encore que des liens familiaux sénégalais. Ces femmes partagent « la force des faibles ». Le roman est traversé par les oiseaux qui planent tels les augures d’une vérité attendue. Roman à l’écriture maîtrisée mais néanmoins impactante pour moi : une liberté défendue bec et ongles au delà de la douleur par trois femmes Norah, Fanta et Khady Demba que je ne suis pas prêt d’oublier. Marc Fauroux.
Hors champ de Sylvie Germain. éd. Albin Michel

Aurélien disparaît sans que personne ne s’en émeuve ni même ne s’en aperçoive. Il devient invisible pour sa compagne comme pour sa propre mère. Personne ne fait plus attention à lui. Il glisse dans le flou. Un mal si contemporain. A la manière de ces clandestins de nos villes sortis de notre champ de vision. Apparaît un livre inquiétant. Marc Fauroux
« En phrases-ricochets lumineuses, Sylvie Germain sonde le gouffre a priori insupportable d'un monde où nous n'existons plus pour personne. Et grâce à son écriture si claire, sa pensée si généreuse, si curieuse, ce monde-là reste beau et paisible. Avec une étonnante sagesse, Sylvie Germain apprend le détachement. » (F. Pascaud, Télérama)

Je vous raconterai d’Alain Monnier.
Nouveau roman chez Flammarion
à paraître le 26 août…
Dans une société laminée par la pauvreté et la violence, un homme misérable, qui survit depuis des années dans les rues, arrive au bout de ce qu’il peut endurer. Mais alors qu’il s’apprête à se jeter dans le canal voisin, un individu de belle allure lui propose de l’aider à mourir sans souffrir. Il accepte et se retrouve dans un luxueux cabaret où il lui est demandé de jouer à la roulette russe devant une assemblée enfiévrée. Il en sort indemne, mais repart avec la fascination de son geste, avec la fascination d’avoir frôlé la mort.
Dès lors il n’a de cesse que de revenir faire le jeu, et d’éprouver la divine sensation. Mais à force de défier avec tant d’insolence les lois des probabilités, le héros du livre va devoir repenser son passé, affronter des secrets de famille, côtoyer sa folie… et même se confronter à une passion flamboyante dont il se croit indigne. Ainsi va-t-il reconstruire peu à peu sa légende, et reprendre pied dans sa vie. Mais la fascination demeure, toujours plus prégnante...
Bonne surprise à ébruiter, par cet auteur toulousain qui nous offre un roman fort, plein de suspens et de rebondissements. Fable sociale ? Parabole ? Une danse de mort élégante et retenue. Petit dommage, ce titre un peu banal "Je vous raconterai"n'est pas à la hauteur du livre et pourrait bien gâcher l'accès aux lecteurs trop pressés ! Pour moi, une belle réussite en tous cas, PAN!
Marc Fauroux.
EXTRAIT :
« Je levais l’arme, mon coude était appuyé sur la table de bois. Le canon était pointé vers le plafond à hauteur de mes yeux. J’approchais ma main gauche du barillet. Je ne sais pas s’il fit un tour complet. (…) Où était la balle ? Face au canon, la culasse offerte au percuteur, qui allait déclencher l’étincelle, embraser la poudre, provoquer l’explosion et lancer la course folle de la balle dans le canon, dans ma tempe, mon cerveau, ma vie, le temps, l’éternité.

Cette rubrique insolite me permet d’établir des parallèles de fildefériste dont voici un petit tour :
Vu l’excellent film de Philippe Lioret Welcome (co-scénarisé par Olivier Adam l’auteur de À l’abri de rien) et j’y vois un parallèle hors de toute fiction ou affabulation avec le travail d’ Emmanuel Carrère l’auteur de D'autres vies que la mienne, pour qui la réalité devient une marque de fabrique. Ici on explore un autre genre d’auto-fiction qui semble nous indiquer que « notre vie est constituée par la vie des autres ». Et l’émotion s’associe et s’allie à l’intelligence pour constituer un outil de connaissance des autres… comme de soi même.
À la manière d’un journaliste (ce qui est en réalité le métier exercé par sa femme à LCI) Emmanuel Carrère réalise un livre composé de récits très forts qu’il rédige d’après des entretiens glanés au plus près des protagonistes. Tous ont en commun la perte et l’absence engendrée par la mort qui, d’une petite fille, Juliette pour ses parents, Jérôme et Delphine (E. Carrère est d’ailleurs présent quand la vague du tsunami emporte Juliette en 2004) qui… d’une autre Juliette, juriste (et sœur de l’auteur) mutilée puis finalement emportée par un cancer. Etienne est l’ami intime de cette Juliette, un personnage troublant, unijambiste et altruiste, possédant une belle humanité. Je considère pour ma part la lecture de ce livre comme un véritable expérience, riche et troublante. Les pages crues sur les derniers jours de Juliette ne sont pas faciles à lire mais on en sort apaisé, car ce n’est malgré tout pas… « notre histoire » c’était simplement la sienne. J’ai dévoré ce livre qui utilise les codes du roman à suspens, rebondissements, flash-back… Un livre dont on se souvient !
(Extrait :) « Il était là, il tenait dans ses bras sa femme en train de mourir et, quel que soit le temps qu'elle y mettrait, on pouvait être sûr qu'il la tiendrait jusqu'au bout, que Juliette dans ses bras mourrait en sécurité. Rien ne me paraissait plus précieux que cette sécurité-là, cette certitude de pouvoir se reposer jusqu'au dernier instant dans les bras de quelqu'un qui vous aime entièrement. »
Critique de François Dufay, L'Express, 12 mars 2009 : « On peut penser que cette littérature en prise avec le présent, avec les peurs de notre société, ferme autant de portes qu'elle n'en ouvre. Une chose est sûre : noyant son narcissisme dans la vie des autres, Emmanuel Carrère, rescapé, lui aussi, de ses naufrages intérieurs, fait l'éloge des « hommes de bonne volonté », essaie d'en devenir un. Avec ce livre dramatique et serein, la non-fiction novel à la française a trouvé son maître. »

Paris-Brest de Tanguy Viel (éd. Minuit)
Grande maîtrise du style et de l’intrigue et surtout quel bonheur de rire en lisant ce livre succulent ! Plus écœurant qu’une grosse pâtisserie à la crème en fin d’un repas de famille dominical. Ici la famille est cruelle. On s’écorche, on se trahit gaiement. C’est formidable. Paris-Brest est un objet fascinant dans sa manière de jouer avec le temps de la narration et celui des événements racontés.
« Tout, dans cette histoire familiale, a un lien de cause à effets, que le lecteur découvre avec une ivresse autant due à la vitesse des phrases qu'à l'impeccable précision des scènes. Il y a le Cercle Marin, sorte de restaurant pour bonnes familles de marins qui sont « certain(e)s de représenter et de transmettre encore, une sorte de France antique et royaliste, et comme encore secouée par l'Affaire Dreyfus » où le narrateur, adolescent, vient manger avec sa grand-mère. La vieille dame y rencontrera un plus vieux qu'elle : un riche aux airs d'amiral, qui veut l'épouser et lui transmettre ses dix-huit millions. » Thierry Guichard, Matricule des Anges.
« Tout est possible. On peut raconter l’histoire, on peut raconter les lieux, on peut raconter l’écriture. On peut aussi passer en revue, sans exiger de garde-à-vous, les différents personnages. Ça donne : la grand-mère empoche 18 millions à quelques encablures de la mort ; la mère ouvre une boutique de souvenirs à Palavas-les-Flots, avant de la fermer aussi sec pour cause de déficit ; l’horrible fils de la femme de ménage (forcément) sème la discorde entre les uns et les autres ; le frère dissimule une homosexualité connue de tous ; le père se retrouve démis de ses fonctions de vice-président du Stade Brestois, après avoir creusé un trou de 14 millions. Et le fils, apprenti écrivain, veut raconter tout ça dans un roman familial. Ça sera bien. Plein de petits secrets sordides exposés au vu et au su du monde entier. En bref : une vie bue au goulot par des êtres de fric (les jeunes) ou de frac (les vieux) mais, bon, à la fin, tous avides-cupides quand même. »
(extrait du Journal du Dimanche, 11 janvier 2009, Marie-Laure Delorme).

Enfin un livre désopilant, léger et vraiment déjanté comme je les aime…
Voici le dernier Alan Bennett dans la traduction française de Pierre Ménard.
La Reine des lectrices d’Alan Bennett (Denoël). … À ce détail près qu’il va séduire et faire rire un lectorat plus large que mes O.L.N.I.S préférés tels, le déjà cité Des néons sous la mer de F. Ciriez. Ici j’ai aimé au delà du rire la réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture ! C’est vraiment très bien !
Présentation de l'éditeur
Que se passerait-il outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, tout d'un coup, plus rien n'arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu'elle en vienne à négliger ses engagements royaux ? C'est à cette drôle de fiction que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, le sulfureux Jean Genet et bien d'autres défilent sous l'œil implacable d'Elizabeth, cependant que le monde empesé et so british de Buckingham Palace s'inquiète : du valet de chambre au prince Philip, d'aucuns grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l'implacable protocole de la maison Windsor. C'est en maître de l'humour décalé qu'Alain Bennett a concocté cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion…
Biographie de l'auteur
Alan Bennett est une star en Grande-Bretagne, où ses pièces de théâtre, ses séries télévisées et ses romans remportent un succès jamais démenti depuis plus de vingt ans. La Reine des lectrices est son quatrième roman publié chez Denoël.
Pour les Toulousains, je signale un autre texte du même auteur, actuellement à l’affiche d’un (bel et bon) spectacle Laurent Pelly « Talking Heads » jusqu’au 4 avril à l’affiche du TNT.
L’interprétation comme la mise en scène servent efficacement un propos plus grave « tout est merveilleusement formidaaable ! Mais quand même cette dame qui est train de nous parler de sa vie de bureau est assez seule. D’ailleurs, personne ne la supporte. En plus, elle est malade. Mais prenons un autre exemple. Voilà cette fois une dame des plus épanouies. C’est seulement sa voisine d’en face qui a un problème. Pas très important: elle vient d’assassiner son mari… ».

Au pays, dernier roman de Tahar Ben Jelloun (Gallimard).
Belle écriture (comme souvent) chez cet amoureux de la langue française. Rien de révolutionnaire, un livre dont on croit avoir déjà lu le résumé quelque part, vu le film, tant les images arrivent seules et glissent vers nous facilement. Un texte simple, humble qui met en scène un /chibanis/, un /"//cheveux blancs"/. Un de ces travailleurs immigrés, qui ont quitté leur pays lors des "trente glorieuses", quand la France avait besoin de bras. A quelques mois de la retraite, Mohamed, prend conscience que sa vie professionnelle se termine et imagine à présent ce que sera sa vie de père de famille à la retraite au bled. Il rêve. Problème ses enfants nés en France ont fait leur vie ici et ne sont pas en phase avec les chimères et autres traditions qui enchantent le père. Mohamed va donc rêver et vieillir seul en compagnie d’une femme « qui est toujours d’accord » et qui dort un peu plus loin et un fils mongolien, attachant.
Ce rêve secret, c'est tout ce qui reste à Mohamed lorsque résonne à ses oreilles un mot qu'il tentait, jusqu'ici, de ne pas entendre. Un mot couperet que, dans son français imparfait, il prononce /"lentraite"/ : /"Ce n'était pas la mort, c'était quelque chose qui s'en rapprochait /(...)/, la voix lui signifiait quelque chose de précis, de définitif, d'irréversible. Arrêter de travailler, rompre un rythme acquis depuis une quarantaine d'années, changer ses habitudes, ne plus se lever à 5 heures du matin, ne plus passer sa blouse grise /(...)/. C'était l'ennemi invisible, l'ennemi ambigu, car si pour les uns, elle était synonyme de liberté, pour lui, elle était synonyme de fin de vie. (Le Monde)

Un peuple en petit d'Olivier Rohe (éd. Gallimard)
Bochum (386 499 habitants en 2005) est une ville d'Allemagne dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie au sein d'une vaste bassin houiller (merci Wikipédia). Bochum, la ville et ses incontournables écoles de théâtre est certainement le personnage 1 du roman d’Olivier ROHE « Un peuple en petit ». Car le « personnage 2 » est un voisin de pallier (sorti de la vie mode d’emploi de Perec ?) Économiquement, Bochum a connu la crise de l'industrie charbonnière dès les années 1950. Elle a entrepris une reconversion notamment avec l'implantation d'une grande usine automobile d'Opel, créée en 1962. Mais l’auteur a choisi la période 79-89 comme toile de fond ou peut-être comme personnage à part entière. On est loin de l’auto-fiction qui intéressa l’auteur un temps. La forme est déstructurée, les scènes courtes. L’enfant qui traverse le roman vit lui, dans une guerre sans nom. Mais c’est à personnage 2 que je me suis attaché. Cet homme en mal de mots. Il ne trouve jamais le bon. Se trompe. Doute. Plus que jamais, je me dis que cet étrange livre aura autant de lectures qu’il aura de lecteurs. Certains j’imagine seront agacés par les codes volontairement perturbés par Olivier Rohe. D’autres disent déjà qu’il un faiseur, tandis que Télérama se pâme. Que me restera-il de cette lecture. Finalement beaucoup d’interrogations bien au-delà du plaisir… C’est bien, non ?

La promenade des Russes de Véronique Olmi (éd. Grasset)
Plaisir amusé du florilège qui présente des auteurs aussi différents que ROHE et OLMI !
Là nous sommes à présent dans une littérature « attendrissante ». Ca peut paraître dur pour Olmi mais pourtant, je m’en rends compte au fil des rencontres avec les lecteurs, le besoin est grand de décaler sans cesse les styles, genres et écritures pour continuer à se laisser surprendre par des personnalités différentes ! Ici l’auteur, qui écrit également du théâtre, offre une maîtrise de « la formule » qui fait mouche : .« Qu'est-ce qu'elle voit dans ses cartes, puisqu'elle n'a pas d'avenir et qu'elle n'a jamais gagné une réussite sans tricher ? ». L’ensemble est très plaisant à lire.
Résumé de l’éditeur : L'héroïne de ce roman est une très jeune fille, Sonia, qui vit à Nice avec sa grand-mère russe. Comme toutes les « babouchkas » de la Côte d'Azur (lieu d'exil favori des Russes blancs après la Révolution d'octobre), celle-ci se partage entre samovars, rêveries et nostalgie du paradis perdu. De fait, la petite Sonia ne sait pas vraiment à quel monde elle appartient : celui de sa réalité quotidienne, avec une mer trop bleue et les commerçants de la vieille ville ? Ou celui de ses songes, orchestrés par sa babouchka, avec ses neiges étincelantes et ses fastes tsaristes ? Prudente, elle s'est donc réfugiée dans un imaginaire très personnalisé où l'on retrouve les héroïnes romanesques de Daphné du Maurier et le Mystère Anastasia - cette jeune princesse qui, dit-on, échappa au massacre de la famille impériale…
On suit ainsi son éducation sentimentale et morale entre deux mondes distincts. Il y a là le pittoresque du midi et le tourment slave ; des odeurs mêlées d'ail et de thé ; des douleurs causées par une mère absente et des remèdes imaginés par une grand-mère qui, pour survivre, adore (se) mentir à elle-même et aux autres…
Roman de ton, d'atmosphère et de sensation, variation sur le thème de la vérité, de l'histoire, des sentiments, La promenade des Russes est porté avec grâce par la prose ironique et douce de Véronique Olmi qui ruse habilement avec sa propre biographie.
Extrait : « La vérité est ailleurs. La vérité est en face de moi. Mais pas dans le magazine avec Ingrid Bergman. Pas dans les cartes. La vérité est dans la tête de ma grand-mère. Elle ne l'a jamais dite à personne. Même aux journaux. Même aux présidents. Elle se croit encore en danger, elle se livre à mi-mots, elle balance des demi-vérités, persuadée que Iouri Andropov lit par-dessus son épaule, aussi personne prend la peine de glisser des félicitations dans l'enveloppe réponse. C'est pas grave. Je suis en première ligne. Et j'attends. Si j'ai une utilité sur cette terre où je suis arrivée terriblement en retard, c'est sûrement celle-là : attendre que la vérité éclate. Que ma grand-mère me fasse confiance. »
Véronique Olmi a publié plusieurs romans (Bord de mer, Numéro Six, Un si bel avenir, La pluie ne change rien au désir, Sa passion) et des pièces de théâtre (de Chaos debout au Jardin des apparences ou, plus récemment, Mathilde et Je nous aime beaucoup) qui sont jouées partout en Europe.
Je conseille en particulier la lecture de NUMÉRO SIX, un texte fort.

Renaissance italienne d'Éric Laurrent (éd.Minuit)
Laurrent le magnifique ?
« De retour de Florence, où j’étais allé passer une dizaine de jours pour oublier Clara Stern, je ne pouvais imaginer que le destin me ramènerait en Toscane quelque neuf mois plus tard - et encore moins que j’y trouverais l’amour. » (Extrait)
Ici on baigne dans un luxe que l’on souhaiterait partagé par le lus grand nombre. Il n’en est rien. Le protagoniste du nouveau livre d’Éric Laurrent ne semble pas touché par la crise ! Juste une crise d’identité amoureuse. Il part à la recherche d’une femme en rencontre une autre… Bref ce n’est pas le scénario qui retient mon attention mais l’écriture assez belle. L’auteur nous fait partager son goût pour la peinture du XIXe (les nus féminins en particulier). On parle ici une langue délicate, on « florentise » un Paris réinventé pour l’occasion. Florence c’est toute la renaissance italienne, les Medicis avec Laurent le Magnifique, Machiavel… et bien d’autres !
(…) le narrateur décortique sans cesse tant et si bien les choses – les piégeant dans son langage comme pour mieux les immobiliser, puis les analyser comme une araignée décortique les insectes qu’elle prend dans sa toile – qu’il va, jusqu’à la fin, s’y perdre lui-même, risquant de laisser sa « proie » (la jeune femme) disparaître intacte de sa vie. C’est à cela qu’on reconnaît qu’on aurait tort de réduire Eric Laurrent à son langage précieux, à ses mots rares, comme s’il s’agissait d’un érudit qui pontifie. Son alter ego en est tout le contraire : un antihéros qui dresse entre la vie et lui un épais mur de mots, un écran aussi opaque que La Princesse de Clèves (puisque la langue de Renaissance italienne en a parfois la texture, la tournure), ce magnifique et très morbide monument de l’évitement. Comment, alors qu’on aime, sortir de l’envoûtement, de la prison des mots pour s’autoriser le geste, c’est-à-dire la vie ? Il faudra compter sur le personnage féminin pour entrer quasiment par effraction dans le système clos d’un narrateur impuissant à vivre.(…)
Nelly Kaprièlian, Les Inrockuptibles, 18 mars 2008

« Chère Madame la mort » …les premières pages du livre de Chloé Delaume, Dans ma maison sous terre m’ont inquiété, perturbé et ravi ! C’est aujourd’hui que je découvre ce jeune auteur à l’univers gothique. Je n’avais pas lu le cri du sablier en 2001. La suite du livre m’intéresse moins à partir de la page 89, toute la séquence sur le père me renvoie à un autre auteur d’auto-fiction, je pense trop à Christine Angot. Dommage, mais ça repart le personnage providentiel convoqué par l’auteur (Théophile) permet la confidence. Elle parle pour deux.. Elle convoque ses aïeux autour d'elle – grand-mère, mère, vrai père, faux père – et réclame une belle dispute post mortem, un règlement de comptes familial, quelque chose d'infiniment cru, délicieusement morbide. Rares sont les auteurs qui savent nous parler de la mort avec ce mélange de folie et de gravité, de profondeur. Je pense à Gabrielle Wittkop (1920-2002) bien sur, lisez son livre : Le nécrophile !
En même temps qu'il publie son troisième roman, « Nous Autres » Stéphane Audeguy fait paraître un petit recueil d'anecdotes, « parfois terribles, parfois cocasses, toujours singulières », et qui toutes concernent la mort de personnages, célèbres ou obscurs: «In Memoriam » (Le Promeneur). J’ai noté ce passage Gustave Flaubert, écrivain: «Les fossoyeurs avaient creusé une fosse de taille normale: le cercueil de Flaubert n'y entrait pas car il était trop long; et même, hélas, il se coinça. Le cortège se dispersa sans qu'on ait pu procéder à l'inhumation ».
J’ai pour ma part un souvenir identique, à la mort de mon grand père, ce même pied de nez qui semble être l’ultime signe de vie du défunt. Drôle d’endroit pour un fou rire.
Olivier Adam, Les vents contraires (éd. L’olivier).

Je suis un lecteur fidèle ! Olivier Adam, m’a procuré de grandes émotions littéraires avec Falaises (il parlait du suicide de sa mère, extrait : "La vie abîme les vivants et personne, jamais, ne recolle les morceaux, ni ne les ramasse.") et plus récemment A l’abri de rien, un livre qui a pour théâtre Sangatte, après la fermeture mais avec les réfugiés ! Ce nouveau livre s’intéresse encore à la famille avec…force ! A suivre.
« Réflexion sur l'absence, le deuil, les liens familiaux, Des vents contraires est, malgré la noirceur de son inspiration, un roman lumineux, par l'humanité et la tendresse qu'il dégage, et l'énergie qui l'habite. » Michel Abescat
Telerama n° 3079 - 17 janvier 2009.

Arnaud Rykner « Enfants perdus » (Collection La brune - éd. Le Rouergue)
Lu pour la deuxième fois, ce livre court, lors de la nuit de la tempête toulousaine.
Tempête inhabituelle ici = excellent propulseur d’énergie nocturne ! Je crois que ce livre doit être lu d’un trait. Le rythme et encore plus l'atmosphère servent un propos poétique autant que romanesque : « C'est une maison de bord de mer, d'un autre temps, qu'on n'ouvre que le temps des vacances. C'est une maison comme beaucoup d'autres maisons, un peu plus grande peut-être. Une maison pleine d'histoires. Une maison pour les enfants. » Il y a pour moi, l’ombre de Duras (plus que Sarraute). Pas un si mauvais fantôme !
Lectures en cours… Olivier Rohe (Un turbulent silence).
- On en parle ?
marcfauroux@paradis-eprouvette.com !
Lundi 19 janvier 2009 à 20h30 à la médiathèque de Quint-Fonsegrives (31)
Jeudi 29 janvier à 18 h à la Maison du Parc & de la Vallée - Luz St-Sauveur (65)
Vendredi 30 janvier à 18 h 45 à la médiathèque de Lourdes (65)

Voici une visite extraordinaire des lieux imaginaires tels qu’ils sont présentés par de grands auteurs parfois méconnus : Marco Denevi, Frémont d’Albancourt, Charles Derennes.. de ou de vrais bijoux d’inventivité dus à Georg Buchner, Cervantès ou Rabelais. C’est à Alberto Manguel que nous devons ce dictionnaire des lieux imaginaires, d’où sont tirés ces textes. Voici une invitation au meilleur des voyages : la lecture ! Pour pimenter le tout, le comédien dira d’autres textes plus actuels et tous aussi déjantés tels Frère Animal de Florent Marchet et Arnaud Catherine puis 50 façons d’assassiner les limaces de Sarah Ford. Et vous… Pensez-vous que les romans ont pour vocation de représenter la réalité ou à l'inverse de l'inventer ?
Christophe Tarkos Écrits poétiques (POL)

Christophe Tarkos est mort en décembre 2004, Sa poésie s'inscrit dans le projet général de vivifier et de défendre la langue française. Citation : « Je suis un poète qui défend la langue française contre sa dégénérescence, je suis un poète qui sauve sa langue, en la faisant travailler, en la faisant vivre, en la faisant bouger ».
photo © Jean Marc de Samie
De Mathieu Riboulet L’amant des morts (Verdier)
Ecriture sublime sans provocation outrancière, cru, rien de plus. C’est sa littérature qui est explosive plus que ce qu’il nous dit.

Extrait : Le monde des livres
Quand Mathieu Riboulet marie la sentimentalité poétique au réalisme le plus cru. Dix ans après la mort de Julien Green, quelques mois après celle de Tony Duvert, si triste, si discrète, suscitant un curieux requiem consensuel, voici surgir une voix qui rappelle les leurs. Ces deux parrainages pourraient paraître incompatibles, tant les personnalités de ces écrivains sont différentes et leurs générations ou leurs parcours éloignés de ceux de Mathieu Riboulet, à cela près qu'ils sont tous trois homosexuels. Qu'est-ce qui rapproche Mathieu Riboulet de Green ? Son mysticisme, son lyrisme, ses visions poétiques, son obsession du mal et de la rédemption, sa hantise des huis clos.


L’actualité littéraire est décryptée afin de produire de vraies bonnes surprises. C’est aussi un lieu d’échanges permettant à chacun et chacune de communiquer ses coups de cœur.

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Le liseur, Marc Fauroux, est comédien et metteur en scène. Il partage avec le public son goût pour les mots et la littérature actuelle avec simplicité et bonne humeur !
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